La verveine : rameaux sacrés et herbe aux enchantements
Verveine par Jean-Jacques Grandville

Verveine par Jean-Jacques Grandville

Le nom verveine viendrait de verbena, et surtout de son pluriel verbenae, qui renvoie aux rameaux de laurier, d’olivier, de myrte, de verveine, réunis en bouquet afin de frapper symboliquement un accord religieux ou politique durant l’Antiquité. La verveine, qui était en fait la verveine officinale, constituait une plante sacrée pour les actes de bénédiction, mais aussi de purification. Elle était notamment employée pour nettoyer l’autel de Jupiter. Appliquée à l’homme, cette vertu nettoyante peut annoncer un effet de purge physique ou de purification morale. La verveine est alors perçue comme une plante médicinale bonne pour le corps comme pour l’esprit. Le médecin et botaniste du XVIe siècle, Pierre Matthiole, disait que la verveine était efficace pour purger ses fautes. Il s’inspire des propos de Dioscoride, mais aussi de ceux de Pline l’Ancien, un naturaliste du Ier siècle.

Cratère rendant hommage à Apollon (430 av. J.-C.)

Cratère rendant hommage à Apollon (430 av. J.-C.)

Pline l’Ancien indique très clairement les usages magiques de la verveine qui ont pendant longtemps influencé la culture occidentale. On lit dans le livre XXV de son Histoire naturelle :
« Cependant aucune plante n’est plus renommée chez les Romains que l’hiéra botané que quelques uns appellent aristéréon et les Latins verbénaca. C’est elle, nous l’avons indiqué, que les ambassadeurs portaient chez les ennemis ; c’est avec elle qu’on balaie la table de Jupiter, qu’on procède à la purification et à la lustration des maisons. […] Les Gaulois les emploient toutes deux pour tirer les sorts et annoncer les prophéties. Mais les Mages surtout disent des folies de cette plante : qui s’en frotte obtient ce qu’il veut, chasse les fièvres, se concilie les amitiés et guérit toutes les maladies ; il faut la cueillir vers la lever du Chien, sans être vu de la lune ni du soleil, après avoir donné en expiation à la terre des rayons et du miel ; il faut la circonscrire avec le fer, l’arracher de la main gauche et l’élever en l’air, et la faire sécher à l’ombre, les feuilles, la tige et la racine séparément. On affirme que, si on asperge une salle à manger avec de l’eau où elle a trempé, les repas deviennent plus gais. On la pile dans un vin contre les serpents.  »

Le Sabbat des sorcières de Franscisco Goya

Le Sabbat des sorcières de Franscisco Goya

La verveine est parfois décrite comme une plante protectrice, guérisseuse, divinatoire et efficace dans les philtres d’amour. Cela lui a valu les surnoms d’herbe aux enchantements et d’herbe aux sorcières. Elle aurait été connue par les magiciennes légendaires telles que Circé ou encore la mère d’Iseut aurait composé le vin herbé à l’origine de l’amour entre Tristan et Iseut. Le théologien Edme-François Mallet compose un article sur la botanimancie, c’est-à-dire de la magie des plante, dans l’Encyclopédie universelle au XVIIIe siècle. Il explique que les devins ou les prêtres pouvaient répondre aux questions écrites sur un rameau de verveine.

Chez Comme des tisanes, on évite les feuilles de verveine officinale, trop amères, et on utilise les feuilles de la verveine odorante, l’Aloysia citriodora, pour son goût agréable et familier, plus adapté à notre concept d’infusions créatives savoureuses. La verveine odorante est présente dans la tisane du Grand-père Tobias et forme une association d’images entre l’usage ancien de la verveine amère et le portrait d’un grand-père âgé au caractère qui peut laisser une impression âpre. La verveine est présente dans la tisane Carmélisse, inspirée de l’eau de mélisse des Carmes. Elle évoque alors les préparations historiques de la médecine naturelle dont la perception moderne conçoit une oscillation entre le breuvage médicinal et la potion magique.

Bibliographie indicative :

ANDRE ( Jacques ), Les Noms des plantes dans la Rome antique, Paris, Les Belles Lettres, 1985
BEROUL, Tristan et Yseut, Paris, Gallimard, 2008
BILIMOFF ( Michèle ), Enquête sur les plantes magiques, Rennes, Éditions Ouest-France, 2003
PLINE L’ANCIEN, Histoire naturelle, livre XXV, texte établi, traduit et commenté par Jacques André, Paris, Les Belles Lettres, 1969
« Botanimancie », Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, [ en ligne ]
http://artflsrv02.uchicago.edu/cgi-bin/philologic/getobject.pl?c.1:1820.encyclopedie0416.4136370