Poésie dans le vent

Poésie dans le vent

Pour la gamme d’infusions nommée « La rose des vents » de Comme des tisanes, nous avons écouté les vents venus des points cardinaux. Nous avons associé leur souffle à des plantes, à des bienfaits, puis nous en avons créé des tisanes. De ces tisanes, sont nées des histoires, dans lesquelles nous avons glissé des noms de plantes dont la plupart ne peut être révélée que par l’utilisation du souffle. C’est en lisant à voix haute que l’on peut deviner les mots qui sont cachés. De même que les vents invitent à l’évasion, à la découverte de nouveaux mondes, les textes vous proposent une nouvelle expérience en brisant quelques frontières de la langue et de la parole.

 

Un palindrome : ...tes iris et...

Un palindrome : …tes iris et…

En France, ces types de travaux textuels sont mis en exergue à partir de 1960 et ont conduit à la fondation de l’OULIPO, soit l’OUvroir de LIttérature POtentielle, qui constitue un groupe hybride qui, selon Carole Bisenius-Penin et André Petitjean, entremêle mathématique et littérature, tradition et innovation, contraintes et liberté. Les objectifs de l’OULIPO sont de s’exercer à différentes pratiques de la langue et d’établir de nouvelles réflexions sur le langage, les media et les créations artistiques, dans le domaine de la littérature, mais aussi dans ceux de la peinture et du cinéma. Ces objectifs dépassent bien le point de vue de certaines critiques qui conçoivent les œuvres oulipiennes comme de simples jeux littéraires, des inventions résultant d’expériences hasardeuses d’écriture et de lecture.

Une paronomase : Espace d'espèces.

Une paronomase : Espace d’espèces.

Parmi les grands noms d’auteurs oulipiens, Comme des tisanes apprécie Georges Perec, auteur de La Disparition ( 1969 ), un roman dans lequel la lettre e n’est jamais utilisée – ce que Ernest Vincent Wright avait déjà proposé dans Gadsby en 1939. La Disparition peut se lire en miroir avec Les Revenentes ( 1972 ), également de Geoges Perec, qui emploie uniquement la voyelle e.

Si Georges Perec use de son imagination pour créer des récits avec des contraintes alphabétiques, Italo Calvino modèle les structures mêmes du récit dans Si par une nuit d’hiver un voyageur ( 1979 ), dans lequel il met en déroute le personnage, Lecteur, et suscite de nouvelles approches au sujet des théories de la lecture déjà importantes à cette période.

Nous aimerions aussi mettre en lumière les activités de Raymond Queneau, romancier, poète et cofondateur de l’OULIPO, et du mathématicien Claude Berge qui avaient un rapport assez scientifique, voire algébrique à la littérature. En effet, Raymond Queneau élabore ou réécrit quelques textes en suivant des principes arithmétiques. Par exemple, il remplace des noms communs d’un texte préexistant par des mots issus d’un dictionnaire : il prend le terme initial comme base, puis compte sept définitions pour trouver le nouveau mot. Quant à Claude Berge, il a écrit un roman policier, Qui a tué le duc de Densmore ? , dont le coupable ne peut être identifié qu’à l’aide d’un théorème.

Une surdéfinition de la rose : fleur des amours et des névroses.

Une surdéfinition de la rose.

Nous aussi, à Comme des tisanes, nous sommes un peu oulipiens, puisque nous créons notre propre univers grâce aux contraintes des plantes, comestibles et accessibles, et des histoires auxquelles nous les associons. Suivant la directive du bien-être et du bien-vivre, nous assemblons des mélanges avec des plantes aux propriétés médicinales semblables ou complémentaires en effectuant quelques tests et calculs dans le but de trouver les proportions idéales pour des infusions goûteuses. Nous réalisons des gammes et des tisanes cohérentes, avec la collaboration de l’illustratrice Flore Hénocque et les auteures Isaline Nitsche et Audrey Dominguez, afin de vous présenter une expérience créative inouïe et de vous inviter à une expérience gustative mémorable.

Bibliographie indicative :
50 ANS D’OULIPO DE LA CONTRAINTE A L’OEUVRE, Etudes réunies et présentées par Carole Bisenius-Penin, André Petitjean, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, 276 p.